Dyade Pyramidale ou syndrome dit « de Stockholm »

Identification de la victime au bourreau

Je lance ceci sans trop y avoir réfléchi, juste parce que cela me fait rudement penser aux relations employées dans les sectes et toutes celles générées par les manipulations, les emprises, la domination psychique, les maltraitances conjugales où l’un des conjoints semble atteint de psychopathie.
A l’exception près que dans les analyses s’intéressant à ce syndrome en particulier, dit de Stockholm, on y révèle un aspect souvent passé sous silence lorsqu’on évoque les processus de relations assujetties aux diverses formes de dépendances, et non libertaires : la « victime » non seulement s’ajusterait aux comportements de son « bourreau » jusqu’à en devenir sa complice inconsciente, mais une fois libérée officiellement et physiquement de son emprise, s’investirait à perpétrer le lien né de cette intense et exceptionnelle relation, au point de la protéger… jusqu’à s’identifier à son agresseur, s’y substituer, voire tout faire pour le rejoindre et accomplir une union fusionnelle avec lui.
En quelques sortes, les premiers contacts régis sous la différence et la domination (concepts hiérarchiques et pyramidaux sans haine de la part du dominant) se transformeraient dans l’équilibre d’une complétude totale où les « deux » ne forment plus « qu’un ».
Cette union peut se concrétiser par étreinte génitale (ils deviennent amants) et, ou, en épousant ses concepts idéologiques (elle devient son « bras droit » spirituel jusqu’à accomplir les mêmes forfaits que lui).
Je m’arrête ici dans mes réflexions personnelles, m’interrogeant encore sur ces étranges relations.

Pyramide implosive ou symétrie explosive

Une analyse sur deux types de dyades s’organisant différemment,  par complémentarité ou à l’inverse par effet de miroir, décrit l’une en structure pyramidale, couple inter-dépendant et implosif… l’autre serait symétrique, égalitaire, et explosive :

Extraits :

Le syndrome de Stockholm est bien plus que les simples faits divers d’otages et ravisseurs.
C’est une interaction complémentaire en « creux-relief » dans une relation affective intense en approche écosystémique du type parent-enfant, maître-disciple, voyeuriste-exhibitionniste, sadique-masochiste qui se complètent pour former une Gestalt ou totalité complète. C’est une situation de dépendances mutuelles où la « victime » a besoin d’un « bourreau » pour exister en tant que telle et le bourreau, inversement, a besoin d’une victime pour exister en tant que tel.

Au départ et dans n’importe quelle rencontre au hasard, il y a « sympathie » (du grec littéralement « même souffrance ») dans la reconnaissance mutuelle d’un « alter ego » (l’autre moi différent ou altéré) chez l’autre. Ensuite arrive la reconnaissance mutuelle d’une concordance profonde des personnalités dans l’interaction « complémentaire » en « creux et relief » des grandes différences. Il y a « antipathie » dans l’interaction symétrique en « miroir » de la rivalité dans de grandes similitudes, comme l’escalade de la course aux armements où un bouclier plus épais répond à une flèche plus puissante et comme la surenchère des vantardises ou à un exploit imaginaire répond un exploit au moins égal et tout aussi imaginaire.

 «[…] Une interaction symétrique se caractérise par l’égalité et la minimisation de la différence, tandis qu’une interaction complémentaire se fonde sur la maximalisation de la différence. Dans la relation complémentaire, il y a deux positions différentes possibles. 

L’un des partenaires occupe une position qui a été diversement désignée comme supérieure, première ou « haute » (one-up), et l’autre la position correspondante dite inférieure, seconde ou « basse » (one-down). Ces termes sont très commodes à condition qu’on n’en fasse pas des synonymes de « bon » ou « mauvais », « fort » ou « faible ».

Le contexte social ou culturel fixe dans certains cas une relation complémentaire (par exemple mère-enfant, médecin-malade, professeur-étudiant) ou bien ce style de relation peut être propre à une dyade déterminée. Soulignons dans les deux cas la solidarité de cette relation où des comportements dissemblables mais adaptés l’un à l’autre, s’appellent réciproquement.

Ce n’est pas l’un des partenaires qui impose une relation complémentaire à l’autre, chacun d’eux se comporte d’une manière qui présuppose, en même temps justifie, le comportement de l’autre; leurs définitions de la relation sont concordantes.» (Paul Watzlawick, Janet Helmick Beavin,
Donald D. Jackson, Une logique de la communication, p. 67, Seuil, Paris, 1972).

 Le sociologue Amitai Etzioni a étudié la « compliance » qui est une interaction complémentaire du couple autorité-obéissance, comme dans celui de domination-subordination et celui de pourvoyeur-bénéficiaire, etc.

Dans son Analyse transactionnelle, Éric Berne a désigné ces positions des noms de « parent », « enfant » et « adulte » dans les États du Moi. L’interaction complémentaire implosive pacificatrice est dans le couple des dissemblables parent-enfant, par exemple, tandis que l’interaction symétrique explosive est dans le couple des semblables. Au
plus profond du syndrome de Stockholm est l’interaction complémentaire de la solidarité complice des compléments.
Patricia Hearst et le bandit
bien-aimé sont comme Marianne et Robin des bois ou la bourgeoise encanaillée avec un joyeux voyou généreux, comme dans les films de Jean-Paul Belmondo.

Le proverbe populaire ne dit-il pas que « les contraires s’attirent »? Par la promiscuité, l’intensité et la gravité de la situation, une identification mutuelle peut se produire à partir de grandes différences, car il est paradoxal que l’identification soit une différenciation des caractères initiaux des parties pour aboutir à une similarité finale des caractères du groupe, grand ou petit, illustrée par les films mentionnés et Patricia Hearst.

La manipulation s’apprend à l’école de survie 

Il n’y aurait pas qu’un seul manipulateur dans ce type de couple… 

Extraits :

1978 – Franck Ochberg est américain. Il est psychiatre. C’est le premier à mettre en évidence ce que nous appellerons désormais le Syndrome de Stockholm, cet état psychologique qui veut que les victimes s’identifient à leurs geôliers et adhèrent complètement au mobile de la prise d’otage. Après la prise d’otages, Kristin Ehremann et les trois autres ex-otages ne manifestèrent aucune véhémence à l’encontre d’Olsson et Olofsson, bien au contraire. On dit même que Kristin serait tombée amoureuse d’Olsson.

Ochberg a mis en évidence trois critères déterminant la présence d’un syndrome de Stockholm:

  • Une certaine confiance des victimes envers leurs ravisseurs.
  • Une prise en compte positive des victimes par leurs geôliers.
  • Une hostilité commune (aussi bien de la part des victimes que de la part des ravisseurs) envers les forces de l’ordre.

                                                                      
Jan-Erik Olsson

Ensuite, Ochberg a défini un certain nombre de conditions environnementales nécessaires à l’émergence potentielle d’un syndrome de Stockholm, conditions qui tu vas le voir, sont plutôt particulières :

Le ravisseur peut justifier clairement les motivations de son acte. Il sait expliquer et raconter pourquoi il est en train de commettre cette prise d’otage ou cet enlèvement.
Le ravisseur ne ressent aucune haine de n’importe quel ordre (raciale, sexuelle,
sociale…) envers ses victimes. Il considère ses otages comme ses semblables. Il n’est en principe pas psychotique.

Les victimes ne sont pas au courant de l’existence du Syndrome de Stockholm. Si elles
le sont, il est beaucoup moins probable qu’elles soient victimes de ce syndrome – même si certains cas plutôt rares ont déjà mis en évidence le fait que certains ravisseurs étaient
particulièrement persuasifs et arrivaient à détourner ce genre de préventions auprès de certaines victimes.

On explique en fait ce syndrome de Stockholm par un concept dont on a beaucoup
entendu parler, qu’on a souvent mixé à toutes les sauces sans vraiment le définir. On parle ici de l’instinct de survie. Il semble effectivement logique que dans ce genre de situations, l’être humain chercher à minimiser le danger et maximiser sa sécurité. Que se passe-t’il à ce moment là? La victime cherche en fait à attirer la sympathie de l’agresseur, se montrant particulièrement à son écoute et réceptive à son discours. Inconsciemment, la victime éloigne le danger d’elle en tentant de modifier la perception que son ravisseur à d’elle. Même si son ravisseur n’a, dans ces cas-là, quasiment jamais l’intention primaire de faire du mal à ses otages. Dans ce genre de
situations, le preneur d’otage ou le ravisseur ne cherche généralement pas à s’approprier ses victimes et à leur faire subir des sévices – il cherche à culpabiliser la
société
(les forces de l’ordre, la loi, le climat social), qui l’obligent à perpétrer ce type de geste.

On pourrait croire, vu de l’extérieur, que c’est l’agresseur qui manipule ses victimes. C’est en partie vrai. Seulement en partie. Les victimes qui réussissent à attirer la sympathie de l’agresseur deviennent généralement des délégués,
pour qui il devient presque simple de jouer avec les émotions de l’agresseur (d’une façon complètement inconsciente, la plupart du temps). Ici se situe la limite, la
limite entre la victime-victime et la victime qui devient bourreau – le seuil final de la préservation étant de devenir directement la source de danger.

Phénomène persistant de « subjugation »

Le Dr E. Torres, V.Grenier-Boley pointe d’autres aspects de ce type de relation :

– la persistance de l’adhésion des victimes à leur agresseur, sous l’emprise d’une subjugation.
– à l’origine des cas du syndrome de Stockholm, une forte médiatisation sur l’évènement.

 

Soumission

Adhésion

L’adhésion des victimes à la cause de leurs agresseurs est souvent persistante. On se souvient de l’interview du baron Empain, réalisée plusieurs années après sa séquestration, au cours de laquelle il évoquait avec une certaine bienveillance le souvenir de ses ravisseurs tout en soulignant la compréhension qu’ils avaient manifestée à son égard et cela malgré le motif crapuleux du rapt et l’amputation d’une phalange qu’ils lui avaient fait subir.
Il est à noter que ces sentiments positifs apparaissent indépendamment de toute manipulation mentale [4, 5, 6]. À cet égard, L. Crocq [2] parle de la subjugation de la victime par son ravisseur et souligne le double sens que peut avoir ce mot qui signifie à la fois mettre sous le joug et séduire.

Un événement médiatisé

Le syndrome de Stockholm est intimement lié au contexte particulier qui caractérise la prise d’otages. On en trouve certainement l’une des premières évocations à l’époque de la naissance de Rome avec le récit de l’enlèvement des Sabines tel qu’il nous est rapporté par Tite-Live.
On se souvient que, là aussi, les jeunes captives s’étaient interposées entre les ravisseurs et leurs familles en demandant qu’une paix soit conclue.

En matière de terrorisme international, les prises d’otages modernes se caractérisent par un aspect médiatique très marqué, le plus souvent recherché par les agresseurs qui tentent ainsi d’afficher leur idéologie. Lorsque le contexte n’est pas politique, mais crapuleux (hold-up), la médiatisation n’est souvent pas souhaitée par les hors-la-loi, mais elle n’est pas moins présente. Ce contexte médiatique spécifique (celui du développement des grands médias), couplé à une situation politique particulière (multiplication des rapts à composante terroriste et recherche de propagande) est certainement à l’origine des multiples cas de syndromes de Stockholm décrits durant les années soixante-dix à quatre-vingt.

« Contre toi », un double sens

Cette adhésion incontrôlable est illustrée par le titre d’un film très astucieux dans son double sens : Contre toi (de Lola Doillon) :

 » C’est quelqu’un qui prend sa vie mais c’est la seule personne qui la maintient en vie aussi » … »à quel moment on peut se
retourner, à quel moment le besoin de l’autre devient pratiquement un sentiment »

 L’interview

Kristin Scott Thomas enlevée par Pïo Marmaï, une cellule et un lien qui se crée… La réalisatrice Lola Doillon explore à sa manière le syndrome de Stockholm dans un huis-clos captivant. « Contre toi » sort aujourd’hui dans les salles. Terrafemina a rencontré Lola Doillon.

L’actrice demande « qui manipule qui ? » en fin de vidéo ici

Allez, pour finir, puisque la musique adoucit les moeurs :

Muse – Stockholm Syndrome