Godillots politiques : stoppez le massacre !!!

Il y a des matins comme ça où l’on a du mal à émerger, à tel point qu’on se demande si l’étape entre le sommeil et l’éveil ne nous a pas fait prendre des choses réelles pour des
rêves, ou inversement.
C’est-ce qui s’est produit pour moi aujourd’hui tandis qu’une de mes oreilles écoutait mes dernières rêveries nocturnes, alors que l’autre tentait de suivre l’interview qui se déroulait à la radio*. A moins que ce soit tout bonnement un cauchemar…

Toujours est-il que Jean-Michel Apathie aurait demandé à David Douillet, devenu député, s’il ne serait pas un godillot de plus parmi les politiques au gouvernement .
Douillet aurait défendu le cas que j’ai évoqué il y a quelques temps et qui semble faire résolument scandale, celui du fiston Sarkozy visant une place à laquelle il ne pouvait prétendre que grâce à papa-président.
En affirmant (et c’est là que j’ai commencé à ne pas en croire mon oreille, celle qui était un peu réveillée) qu’il y avait des choses bien plus importantes et terribles que ces polémiques, comme, par exemple, le cas des étudiants ne pouvant se loger, des jeunes travailleurs également et le cas des jeunes ne trouvant pas de travail.
L’intervieweur poursuivit dans sa logique, en lui demandant, ce qu’il pouvait conclure de l’affaire « Jean Sarkozy », si jeune et déjà expédié aux sommets, maintenant qu’il avait fait le point sur les détresses estudiantines qu’il avait fait cette échelle et cette différence. Et Douillet de rétorquer que c’est normal, tous les jeunes rêvent de devenir champion, lui-même était champion à 18 ans.
Il m’a semblé que le journaliste se retenait de rire lorsqu’il a fait remarquer qu’il y a une différence entre les champions sportifs et les politiques, notamment, celle où l’on constate que les sportifs à 40 ans ne peuvent plus être champion, ce qui n’est pas le cas chez les politiques. David Douillet répondit que cela dépendait des sports.
Il aurait dit aussi que s’il faisait désormais de la politique, c’était pour aider les gens, qu’il n’y avait pas meilleur moyen de les aider qu’en faisant de la politique. Il a dit qu’une fois ses rêves de gosse réalisés, il était naturel de se tourner vers les autres et que s’investir en politique en était la plus belle manière. Etais-je en train de rêver ?!!
L’entrevue se termina par la conclusion du journaliste :  » oui, vous êtes bien un godillot, David Douillet voilà ; un coup : godillot, un coup… pas ! » Vraiment, avec David Douillet en député, les fils à papa n’auront aucune inquiétude pour trouver un logement, voilà ce que je me suis dit à moi-même, encore à moitié endormie.
Mais il va falloir que j’aille vérifier si ce que je rapporte là n’était pas le fruit d’un mauvais rêve…

Mise à jour ce soir 20h40 :
Bon, j’ai la preuve que j’étais vraiment mal réveillée, d’ailleurs en début d’après midi ce n’était pas ça non plus ! Mais j’ai trouvé la retranscription de l’entrevue sur le site RTL, ce qui m’a
permis d’apporter des modifications (qui apparaissent en italique), et voici la totalité de l’interview :

 

Jean-Michel Aphatie : Bonjour, David Douillet.

David Douillet : Bonjour.

A : Que représente cette élection pour vous ?

D : Ca représente un investissement et un rêve mûrement réfléchis depuis une bonne dizaine d’années.

A : Ah, c’est vrai ? Dix ans ?

D : Oui, ça correspond à peu près à l’arrêt de ma carrière de compétiteur où, lorsque vous comblez votre ego, vous comblez vos rêves de gosse, vous avez naturellement envie de vous tourner vers les autres. Et c’est à peu près à cette époque-là que j’ai décidé de regarder de plus près ce qui se passait en politique parce que je trouve que c’est une belle manière, si ce n’est la meilleure, de s’investir pour l’autre.

A : Donc, maintenant, vous y voilà. David Douillet, serez-vous un député godillot ?

D : Un député godillot ! Non, non (rire)… Non, je serai un député investi.

A : Ils disent tous ça, au début. Ils disent tous : « Ah, moi je ferai des trucs, je serai libre de mes pensées », et puis après… Vous savez comment ça finit ?

D : Oui. Non, non, moi je serai un député investi pour ceux qui m’ont élu, déjà, les gens de la douzième circonscription. Il y a beaucoup de choses à faire.

A : Et autonome. Ce qui ne vous plaît pas, vous le direz ; ce qui ne vous plaît pas, vous ne le voterez pas ?

D : Je l’ai déjà fait lors de ma campagne, puisque j’ai pris des positions qui vont déjà contre celles de certains des ministres de la majorité parlementaire, notamment sur un autoroute qu’on appelle l’A 104 qui n’est pas très justifiée.

A : Votre victoire, dimanche, selon Frédéric Lefebvre, porte-parole de l’UMP (il l’a dit à votre place, hier matin), c’est finalement « la meilleure réponse à ce monde politico-médiatique qui cherche par tous moyens – tous moyens – à détruire le Président de la République ». C’est vrai ? Vous représentez ça David Douillet ?

D : J’ai une lourde tâche sur les épaules alors. Non, je crois… Moi, j’ai vécu une campagne assez incroyable puisque pendant cinq semaines. Je n’ai eu de cesse que d’avoir – enfin, d’essayer – en tout cas, de retourner à la réalité de mon terrain, et d’ailleurs mes adversaires ne s’y étaient pas trompés dans leur tactique contre moi puisqu’à chaque instant, ils essayaient de faire partir cette campagne au niveau national alors qu’une campagne électorale, c’est de représenter, en tout cas celle-là c’était de représenter les citoyens de cette douzième circonscription, donc je n’ai eu de cesse que de faire…

A : Ah, vous êtes représentant de la Nation, pas d’une circonscription !

D : Certes. Certes. Mais ce sont les gens d’une douzième circonscription qui vous élisent et qui ont des besoins.

A : Ah, vous représentez la Nation ! Nous sommes d’accord.   

D : Certes.

A : Vous ne représentez pas la douzième circonscription des Yvelines ?

D : Aussi, aussi.

A : Oui, mais enfin c’est plutôt la Nation… Bon, enfin ! Les médias ont été méchants avec vous pendant cette campagne ?

D : Non.

A : Vous avez ressenti de l’agressivité, un climat anti-sarkozyste ? Qu’est-ce que vous avez ressenti ?

D : D’abord, j’étais très occupé puisque toute la journée, du matin au soir, entre les gares, entre les réunions publiques et tout le travail que j’avais à mener, je n’avais pas beaucoup de temps, ni d’oreille pour écouter tout ce qui se passait. En revanche, au fur et à mesure des polémiques qui s’écoulaient au fur et à mesure des semaines, effectivement une espèce d’obligation de répondre, une obligation de parler, de créer… Comme si les journalistes qui essayaient de me voir, essayaient d’obtenir une matière pour alimenter une espèce de polémique, et ça… Parce que j’arrivais à faire cette différence avec ce que disaient et ce qu’essayaient de faire ou de me faire dire les gens sur le terrain, et les gens sur le terrain ne me parlaient absolument pas de tout ça. C’est ça qui était assez étonnant.

A : Et bien tout ça, c’est Jean Sarkozy ?

D : Il y avait une dissonance entre la préoccupation des gens, entre ce que les gens vivaient et ce qu’essayaient de savoir les médias ou faire dire les médias. C’est assez étonnant.

A : Pierre Cardo, député des Yvelines, UMP lui aussi, qui vous a accompagné pendant toute cette campagne a dit ceci, la semaine dernière : « Je passe mon temps à avoir des demandes de parents dont les enfants ne trouvent pas de travail parce qu’ils n’ont pas de relations, c’est pour ça que ce qui se passe avec Jean Sarkozy me choque ».

D : C’est son analyse. Maintenant, c’est son choix. Il est libre de penser. La preuve qu’on est libre de penser…

A : Non, il dit : « Je passe mon temps à avoir des demandes de parents ». Il disait un truc concret, il ne disait pas… Il ne pensait pas… Il disait : on me parle beaucoup de cette affaire.

D : Oui, mais pour que leurs enfants obtiennent du travail ; et c’est pas forcément pour une critique qui était faite vis-à-vis du fils du chef de l’Etat.

A : Qu’est-ce que vous pensez, vous, de cette histoire qui concerne Jean Sarkozy et son accession à la tête de l’Epad ?

D : Moi je pense que, honnêtement, franchement, vue la gravité des sujets auxquels j’ai été confronté pendant cette campagne, je trouve ça ridicule, vraiment.

A : La polémique, vous trouvez ridicule ?

D : Oui, je trouve ça ridicule. C’est immensément petit quand on compare ça aux problèmes des gens du quotidien, quand on voit des gens qui n’arrivent pas à se loger, par exemple. Moi j’ai rencontré des jeunes qui travaillent et qui ne peuvent pas se loger, qui dorment dans leur voiture, aujourd’hui, actuellement. C’est inadmissible. Et ça, on n’en parle pas. Vous n’en parlez pas. C’est terrible. J’ai rencontré des jeunes qui ont beaucoup de mal à trouver de l’emploi, j’ai trouvé des jeunes qui  n’en peuvent plus de leur transport qui les mène en retard pour poursuivre leurs études ou pour aller travailler. Donc, il y a des choses quand même un peu plus élevées dans le débat, et je pense qu’il serait quand même important de s’y attarder et d’essayer de le solutionner aussi.

A : Et une fois que vous avez fait cette échelle et cette différence, qu’est-ce que vous pensez de Jean Sarkozy ? Son accession à la tête de l’Epad, David Douillet ?

D : Vous savez, c’est quelque chose d’assez naturel que de vouloir réussir dans un domaine pour quelqu’un qui est jeune. Moi-même, je l’ai fait dans un domaine qui était le sport. Dans mon domaine, vous savez, on ne s’émeut pas lorsqu’un champion du monde n’a que 18 ans, par exemple. Voilà.

A : Ah oui, c’est assez normal qu’un champion du monde soit jeune ! A 40 ans, il n’y a plus beaucoup de champions du monde.

D : Ca dépend des disciplines.

A : Oui, enfin vraiment… Dans le waterpolo ou le golf, peut-être.

D : Mais c’est l’état d’esprit qui compte, et ce sont les qualités des hommes qui prévalent. Un homme quand il a des qualités, qu’il ait 20 ans ou 40 ans, il doit mériter son poste à juste titre.

A : Donc, vous n’êtes pas choqué par cette histoire ?

D : Non.

A : Deux députés  UMP vont proposer en séance publique, un amendement excluant du calcul du bouclier fiscal la CSG, la CRDS. Est-ce que vous voterez cet amendement ?

D : Oui, non je ne suis pas pour parce qu’honnêtement, moi j’ai fait partie, j’ai eu de la chance par mon travail, j’ai fait partie de ceux qui ont choisi de rester, ici dans mon pays, contrairement à certaines personnes.

A : Certains sportifs.

D : Certains sportifs, chanteurs, etc.

A : Disons-le.

D : Moi j’ai fait le choix de rester dans mon pays, à une époque où je l’ai fait, il y a quelque chose qui était dure, c’était de se rendre compte qu’au mois de septembre, je commençais à gagner de l’argent pour moi. Au mois de septembre. Donc, ça veut dire : deux tiers – un tiers. Aujourd’hui, on est à la moitié-moitié. Je trouve ça plutôt normal. Donc, le bouclier fiscal qui porte très mal son nom, d’ailleurs, c’est une chose importante, notamment pour motiver les gens à continuer à travailler.

A : Donc, vous ne voterez pas l’amendement. Et d’un mot : pour ou contre la cagnotte scolaire ?

D : Non.

A : Pour lutter contre l’absentéisme.

D : Non, non, non…

A : Vous êtes contre ?

D : Je suis contre. Je crois qu’il faut redonner surtout de la motivation pour les enfants à l’école, c’est bien autre chose, et bien plus motivant et je milite…

A : Vous êtes content maintenant !

D : … Et je milite beaucoup pour la formation en alternance.

A : Il va être content, Martin Hirsch ?

D : Comment ?

A : Il va être content, Martin Hirsch ?

D : Mais chacun ses idées. Voyez que je suis libre !

A : Voilà, un coup godillot, un coup pas ! Bouclier fiscal ? C’est non. Et la cagnotte ?…

D : Ah, ça c’est votre analyse.

A : Eh oui, c’est mon analyse, et c’était sur RTL, ce matin, avec David Douillet. Bonne journée.

Auteur : Jean-Michel Aphatie

*édit du 2/6/12 : entre temps j’ai changé de radio…