« Djamila » signifie « belle » en Arabe…

« Sois belle et tais-toi » : dicton mondial – Peu audibles, peu visibles, peu représentées dans les hautes sphères décisionnelles, ce qu’elles pensent importe peu, en général. La dégradation de leur image dans les publicités est devenue si anodine qu’elle passe partout sans la moindre indignation. Á l’échelle planétaire, au moins 1/3 d’entre elles ont été maltraitées, violées, tuées par des proches, mais il de mode de craindre une « féminisation de la société ». Premières victimes de la misère économique, elles subissent aussi la traite humaine et les traumatismes multiples qui en découlent. La journée du 8 mars rappelle que des femmes furent de toutes les luttes, et que leur combat pour leurs droits humains les plus élémentaires reste inachevé.

« Djamila » signifie « belle » en Arabe…

Femmes d’Algérie, femmes de luttes

Les luttes des femmes sont reconnues lorsqu’elles participent aux révolutions nationales. Dans le feu des affrontements pour la libération d’un peuple ployant sous le joug de l’exploitation, l’importance et la nécessité de leur présence sur le front deviennent évidentes. Les Algériennes firent preuve d’une mobilisation et d’un courage exemplaires pour l’indépendance de leur pays. Deux rebelles, parmi tant d’autres, ont marqué les mémoires :

Djamila Boupacha, la « terroriste »

3Musulmane pieuse issue d’une famille de militants, elle s’engagea dans le Front de Libération Nationale sous le nom de guerre de Khelida pour participer sans retenue à la Révolution de 1er novembre 1954. Accusée d’acte de terrorisme (pour avoir déposé une bombe), elle fut emprisonnée en 1960, torturée et violée durant plus d’un mois par des militaires français. Malgré la défense de son avocate Gisèle Halimi, et le mouvement de solidarité initié par Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre, elle fut condamnée à mort en 1961. Elle en réchappa par une ordonnance de non-lieu en 1962, amnistiée en application des accords d’Évian mettant fin à la guerre d’Algérie.
Pablo Picasso immortalisa son portrait, Luigi Nono lui rendit hommage par une de ses pièces : « Canti di vita et d’amore ». « Pour Djamila » est un documentaire relatant sa vie, diffusé en 2012 par France 3.3

Djamila Bouhired, militante de la cause algérienne

C’est au cours de ses études qu’elle rejoignit le FLN et devint officier de liaison du « réseau bombes », ainsi qu’assistante personnelle du chef de la « zone d’Alger » pendant la guerre d’indépendance. Capturée en 1957 lors d’une fusillade et condamnée à mort, elle fut défendue par Jacques Vergès (qu’elle épousa en 1965). Il alerta l’opinion publique avec Georges Arnaud sur les tortures infligées aux combattants algériens. Youssef Chahine adapta sa vie dans un film sorti en 1958 : « Djamilah ». Elle fut graciée en 1962.
Invitée au Liban en 2009, elle exprima sa solidarité avec la lutte des peuples palestiniens et libanais contre l’agresseur israélien. Plus récemment, à l’occasion d’une rumeur colportée par des réseaux sociaux sur son décès, un hommage lui fut rendu à Beyrouth le mardi 3 décembre 2013. Parmi les personnalités politiques, responsables syndicaux et artistes libanais invités à la cérémonie filmée en direct (« Le mérite de vivre »), la présence d’Alida Guevara, fille du Che, suscita l’émotion lorsqu’elle monta sur l’estrade et la félicita de ses actions de résistance contre le colonialisme.


En Algérie, le 8 mars fut d’abord célébré par l’Union des femmes d’Algérie (UFA) créée en 1945 par des européennes communistes. Deux ans plus tard, L’AFMA (Association des femmes musulmanes algériennes) fut constituée dans le but d’impliquer des femmes pour la libération du pays : il n’était pas alors question des revendications pour leurs droits spécifiques. Á sa disparition, les militantes ont rejoint, à titre individuel, les rangs du FLN ou de l’ALN en tant qu’agents de liaison, guides, ravitailleurs de médicaments et de fonds, infirmières ou secrétaires au maquis, et en ville, poseuses de bombes. C’est après l’Indépendance qu’un grand défilé se manifesta le 8 mars 1963 à Alger.

Le triste fantasme de la théorie du ruissellement

Si les Algériennes et les femmes d’autres nations investissent de nombreux secteurs d’activité et parfois dans les plus hautes institutions, cela reste exceptionnel dans le monde, et la concrétisation de l’égalité des femmes face à un système de domination masculine est loin d’être effective. En première ligne aux côtés de leurs camarades lors des révolutions, il leur appartient, toujours et encore, d’exprimer les revendications spécifiques à leurs vécus de femmes.
« C’est davantage aux yachts qu’aux barques de pêche qu’ils destinaient la montée des flots » déclarait Serge Halimi à propos de la théorie néo-libérale du ruissellement. Les femmes sont les principales victimes de ce leurre. Tant qu’elles se laisseront dicter le « féministement correct » des politiques spoliant ce qui les concerne directement, ce qui profite aux hommes ne leur parviendra jamais qu’au goutte à goutte. <
Le 3 février 2014.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *